05 février 2011
Magie des entrelacs
Las, après tant d'épreuves, il s'en remet une fois de plus au sort et ses aspérités,
N'être qu'un objet sans fin dans les mains du hasard,
Les yeux rivés immanquablement vers l'inconnu,
Soit une terre rassemblée et pour l'heure invisible,
Il se surprend soudain à répéter un seul mot :
- Courage..!
23 janvier 2011
cinématographique..?
Il était frappant ou étrange de se dire combien, au fond, l'on restait innocent devant tant d'insignifiance et de veulerie soi-disant voluptueuse. Vide et vanités éphémères forgeaient l'esprit à fuir ailleurs, en des contrées plus familières, en des espaces qui ramenaient tout droit à l'enfance. Ne jamais oublier d'où l'on vient : ni les sentiers battus, ni l'herbe mauvaise plantée au beau milieu des contrées réelles et imaginaires... Ne pas oublier ceux qui méritent vraiment, c'est à dire ceux qui se sont dignement battus pour quelque chose qui en valait la peine. Sûrement pas l'artifice grandiloquent des parvenus...
17 janvier 2011
Motif
Un ami photographe habitué aux longs voyages rêvait de partir à l'étranger sans son appareil, afin de voir.
-Tout le monde sait que le problème des photographes, disait-il, c'est qu'une fois sur place, ils ne voient rien : ils sont aveugles.
Alors, je réalisais toute l'estime que j'avais pour lui et pour tous ceux, comme lui, qui étaient capables de ce même degré de constance et de patience au service d'une obsession qu'ils ne pouvaient en aucun cas trahir : rares témoins d'une vérité hors-champ et secrète, motivés par une évidence brutale, une passion sans répit, qui assumaient ainsi la part de réalité incontournable de leurs fantasmes.
19 décembre 2010
Ressac
Le livre était là sous ses yeux, se détachant de la table sombre. Le livre qui lui avait coûté tant d'efforts. Lui, l'insatiable, et le combien tourmenté à ses heures. Il se revoyait, fatigué et las à force d'apporter les dernières corrections du manuscrit, de relire les minuscules caractères qui allaient constituer la page, et qui, une fois coulés dans l'encre, dansant sur le papier, donnaient l'impression d'un nouveau monde, un univers serein construit de toutes pièces et qui possédait la fragilité des châteaux de cartes. Il pouvait laisser sa conscience tranquille, le temps de goûter cette paix furtive et nécessaire, celle qui le faisait rejoindre momentanément tous ceux qui connaissent le prix réel du travail, du labeur ingrat, colossal, et des efforts accomplis souvent en secret, menés à terme pour des raisons qui nous dépassent. Un contentement étrange et qui ne dure pas, pensait-il, tout en songeant qu'il n'avait jamais fait cela ni pour les louanges ou les honneurs, et encore moins pour l'argent. Il ressentait simplement l'apaisement d'avoir atteint le but qu'il s'était fixé. Il se sentait d'un calme absolu. Le bleu dense de l'eau virait progressivement au bronze sous ce magnifique soleil d'hiver et il se revoyait enfant dans le silence de sa chambre, le coeur dévoré par les aventures qui s'échappaient des contes d'indiens et des récits de marins remplis de géographies fantastiques. L'or de la mer rougeoyait sous ses yeux, le froid s'engouffrait dans son visage, tandis que la puissance du souvenir, même infime, battait à ses veines. La tristesse du chagrin qu'il ressentait devant l'étendue du marasme était curieusement contenue en cet instant, retenue dans cet ilôt minuscule d'émotion comme un barrage hydraulique fait de ciment qui tenterait de toutes ses forces de faire face à l'océan qui l'emporte.
29 octobre 2010
Le goût et le dégoût...
Ainsi l'image ne cessait d'interpréter la réalité et de lui donner une épaisseur, une texture, une densité, un intérêt même. L'image faisait corps avec toute chose illusoire et toute présence supposée consistante. Dans cet art du décalage consistait le cycle étrange qui menait des choses réelles, vécues, aux choses imaginées, developpées, augmentées, aggrandies par l'acte de ressentir. Au fond, l'idée que toute expression est "écrite sur du vent" était non seulement juste mais disait à quel point il fallait nier dans certains cas jusqu'au contenu des êtres et des phénomènes pour créer finalement quelque chose. Ignorer ce que chacun sait dans son for intérieur. Le visage de cette cruauté (ou laideur) qui fait mal à voir, l'implacable lucidité qui peut tuer les plus braves... Rares étaient les vivants vraiment vivants ou simplement incarnés. Rares étaient les êtres fiables, et d'une fiabilité primitive, saine, originelle. Rares étaient ceux, foncièrement courageux ou sans peur, qui ne feraient pas le choix du bien (matériel, inutile) contre ce qui est libre et impossédable (la beauté, la bonté, la nature). Rares, ceux qui ne feraient pas le choix du renoncement et de l'outrage. Rares et précieux étaient les humains encore dignes de ce nom dans un monde qui semblait perdre leur trace et se satisfaire d'un royaume gouverné par des fantômes futiles, assurés d'eux-même, déjà morts, déjà passés.
02 octobre 2010
Reprendre du service...
Et pourquoi pas après tout ? Fermer les yeux sur ce que, par nature, l'on ne peut voir ? Fermer les yeux sur ce qui, par définition, se cache : objet hermétique, vide, illusion, gouffre, puits invisible ? Refouler les émotions et les plaies ou, au contraire, livrer un dernier combat avec la (laide) tête de Méduse, laisser par devers soi ce qui ne mérite pas qu'on s'attarde (la dépouille loqueteuse et sanguinolente, faite de vers et de serpents) ? Tout dans l'introspection ou l'aventure ne relève pas forcément du même régime ni du même niveau (l'égalité est de toutes les utopies idéalistes, sûrement la plus belle). Combien de créatures informes, monstrueuses, rencontrées dans la mythologie grecque pour quelques poignées de valeureux personnages ? Combien d'exploits inutiles, vains, pour quelques actions d'où émerge une réelle qualité ? Imager, faire image, consiste à passer sempiternellement l'épreuve du miroir, et persister à s'y voir d'une certaine façon comme au premier jour (une naissance qui ne prendra jamais fin).
22 septembre 2010
C'est fini, l'été...
Torpeur assassine, moiteur déliquescente, chaleur de braise ou de lave, désoeuvrement intrigant qui n'a avec l'ennui aucune commune mesure ni parenté, épuisement fatal quand il n'est pas enivrant, tous les signes de l'été s'enfoncent et s'estompent, tandis que ceux, mûrs, de l'automne avancent... Le regret, il va sans dire, est sans conséquence puisque toute saison morte renaît par nature de ses cendres et qu'ainsi, dans l'ordre simple, solaire, des sentiments primitifs, des émotions durables et réelles, il n'y pas de place pour les raisonnements, les imposants calculs, les arrangements besogneux qui ne seraient liés qu'à la pâle conservation de soi... Et puis le passé n'est jamais mort sauf si, de son vivant, l'évènement n'avait jamais existé ou qu'il n'avait été déjà qu'un pauvre semblant -l'illusion de quelque chose d'essentiel et d'irrévocable sur fond de mensonge et de trahison... Arrogants vaisseaux-fantômes qui disparaissent comme par mirage...
08 septembre 2010
Je suis venu(e) te dire que je m'en vais...
Le voyage est cet espace subtil qui permet à tout un chacun d'expérimenter un temps à la fois clair et lointain, proche et invisible, où les attentes et les désirs soit se concrétisent en quelque chose de singulier et de particulièrement heureux (cela s'appelle le défi, auquel se combine le bonheur ou la bonne heure : encore une fois l'idée de pouvoir qualifier le temps n'est pas étrangère à cet état qui distingue un réel ordinaire d'une réalité magique), soit s'acheminent vers une cassure inexorable. Cette cassure, amenant parfois l'état de naufrage (et son cortège d'éléments pittoresques : les épaves, les lambeaux de chair, la planche de bois vermoulue, les vagues hautes et l'écume caressant le crane des agonisants et des rescapés) fait éprouver la notion romantique de décalage puis de détachement, de destruction, le symptôme de perte et de deuil. Le voyage est, en effet, la possibilité de l'aventure, l'expérience de la liberté, d'une traversée tour à tour horizontale (à échelle humaine) et verticale (à consonance symbolique ou idéale). En cela, les puissants voyageurs sont ceux qui affrontent systématiquement leur propre courage, de même que leur propre dimension intérieure. Pour image : le format extérieur, bords et débords compris, soit le grand décor du Monde et du réel, rencontre ou pas le panoramique de nature intime, qui le fait sien. A l'opposé, l'élan fiévreux du voyage relance chez certains la fausse mécanique du désir : fantasmant un désir qui les rendrait enfin désirants, un projet d'agrandissement et d'éclosion qui fasse diversion à l'impasse de leurs angoisses, le flot vibrant entrainant du courant, le chant magnétique de la sirène coulant sur la grève, les convulsions bleu turquoise de la mer, le souffle vigoureux de l'océan, l'ode des îles rares et parfumées, brillants telle une multitude fière, enclose, hallucinée, dans l'immense Pacifique, l'hymne épique des côtes secrètes, l'illusion parfaite de dominer une terre natale, les faux rêveurs, mus par la seule vanité et l'esprit de conquête, s'en reviennent, piteux, amoindris, confinés à une solitude des plus impérieuses, une prison faite d'obstacles imaginaires, dont le centre est cousu d'une nostalgie sans appel telle une maladie sans rémission.
31 août 2010
o disssss
Pour l'instant, ce chant est en pause. Il a pour vocation ou pas de reprendre. Sa naissance est complexe. Son histoire, aussi. Il se dissout dans un fond lancinant... Il émerge par nappes et éclats revêches, suintants de mémoire...
s
03 juillet 2010
Bon voyage
INTERRUPTION DU CHANT
REPRISE EVENTUELLE A LA RENTREE























